Guillaume DE TONQUEDEC
théâtre
1998 - Une table pour six
Pièce d'Alan Ayckbourn
Mise en scène Alain Sachs

 


Théâtre - 1998 - Une table pour six - Pièce d'Alan Ayckbourn - Mise en scène Alain Sachs

Adaptation Gérard Lauzier - Scénographie Guy-Claude Francois - Costumes Pascale Bordet - Lumière Philippe Quillet - Assistante à la mise en scène Agnès Boury - Production Théâtre du Palais Royal (Paris)

Représentations : Du 29/01/98 au 19 avril 98: Théâtre du Palais-Royal 38, rue de Montpensier, Paris 01, Métro Palais Royal/Musée du Louvre, à 20h30 sauf les lundis relâche, samedi 17h00 et 20h30, dimanche à 15h30, Réservation au 0142975981

Avec Farouk Bermouga (Roland), Isabelle Côte (Stéphanie), Henri Garcin (Robert), Maaïke Jansen (Laure), Lysiane Meis (Sandrine) (Nomination aux Molière 1998 de la révélation fFéminine), Éric Metayer (Calvinu, Tito, Aggi, Dinka et Bengie), Guillaume de Tonquédec (Alain)

La pièce : Un restaurant grec, libanais, indien ou quelque chose comme ça. Dans la salle, six clients sont à la table du milieu. La famille Jaffray au complet: Laure et Robert, les parents, Alain, le fils aîné, et son épouse, Roland, le cadet, avec sa fancée. On fête les cinquante ans de Laure, la maman. Monsieur Calvinu, le propriétaire du restaurant dont les Jaffray sont les habitués depuis trente ans, vient d'apporter le gâteau d'anniversaire. Le dîner a été très gai mais la fête ne fait que commencer. Cette soirée d'anniversaire, les Jaffray ne l'oublieront pas de sitôt.

La critique de Krysha Papillon : Une des richesses de Passion Théâtre est de me permetre d'assister successivemnet à une pièce "classique", puis une "Navant-garde", puis un spectacle musical, etc.. Ce soir, il m'a été offert de déguster ce que l'on nomme du "Théâtre de Boulevard".
L'histoire se passe dans un restaurant exotico-oriental, témoin de 30 ans de la vie d'une famille de la (haute) bourgeoisie parisienne. J'ai aimé la justesse de ton et d'interprétation des acteurs, me permettant de croire aux personnages, tous d'une épaisseur et d'une substance acceptables (pas toujours garanties dans ce genre de pièces!). J'ai apprécié la juxtaposition, petit à petit, des "tranches de vie", (chères à Lauzier qui a signé l'adaptation ?) et la succession anti-chronologique des événements qui donnent de la légéreté à l'ensemble. Les injures cinglantes, inattendues, jaillissent, de la bouche, autrement policée, des personnages. J'ai ri, sans vergogne, de la méchanceté, du cynisme de la mère castratrice et de l'égoïsme de son fils, de la fantaisie de la "copine" et de transformation de la belle-fille soumise en femme-femme! Une soirée de détente sans prétension, et sans aucune vulgarité, ce qui est une gageure dans le style! Et mine de rien, j'ai pensé à certains personnages que je connais dans la vie...... mais.... chut.... je n'en dirai pas plus!

Il en a vu passer des choses, le restaurant oriental ! Ce restaurant où les Jaffray ont leurs habitudes est le lieu de célébration des grandes et petites occasions de la famille. Mais ils sont rarement six à table, sauf bien sûr, au début de la pièce pour fêter les 50 ans de la (toujours) resplendissante Mme Jaffray mère. Cette réunion de famille, sommet du vaudeville bourgeois, va représenter la dernière chance de conserver une apparence de cohésion entre les différents membres. Ce sera bien sûr, le commencement de la fin Les trois couples (les parents et les deux fils) vont se défaire l'un après l'autre dans le décor folklorique du restaurant. La dégradation des liens de famille va accompagner la faillite de la Maison Jaffray, l'entreprise familiale jadis prospère. Laure, la mère est au centre de cette toile et prend un cruel plaisir à détricoter les trois couples. Les acteurs campent leurs personnages avec un réalisme très "pro". Les portraits sont faits au vitriol et je ne m'ennuie pas malgré la banalité du sujet. Une scénographie astucieuse - des paravents qui permettent de jouer simultanément plusieurs scènes, et l'utilisation de "flashbacks"(on se demande parfois si la scène a lieu avant ou après l'anniversaire), donnent à cette pièce de boulevard une dimension presque surréaliste qui rappelle certains procédés cinématographiques.

Dinah Galligo

On entend une musique orientale et rythmée, le rideau se lève et je vois sur scène un groupe de personnes en train de faire la fête, de danser, de causer et de boire. Le décor est immense, très jolie et ne laisse pas de doute sur le lieu ou se déroule l'action. L'ambiance de fête doit permettre d'attirer le public dans le drame qui se joue sur scène. Les gens sont pris et rient de bon coeur. Mais moi pas. Je regarde, j'écoute, je ris un peu, mais je finis par m'ennuyer et par trouver le temps long. L'histoire est pourtant intéressante, avec des personnages et des intrigues qui devraient donner lieu a une bonne comédie. Mais je ne suis pas accroché, j'ai l'impression que ça manque parfois de force dans les sentiments et que parfois c'est au contraire trop joué. Peut-être est-ce une des premières représentations et que les comédiens, qui se donnent sans compter dans la pièce, n'ont pas eu encore le temps d'affiner leur jeu. Ou bien est-ce le décor qui restreint l'espace de jeu et coince les comédiens. La pièce est faite de multiples ruptures de temps, seul le lieu reste le même. C'est sans doute difficile a mettre en scène et à jouer de manière à ne pas perdre l'auditoire. Les dialogues ne sont pas mauvais, même si l'humour employé n'est pas toujours très fin. J'ai l'impression qu'àtrop vouloir faire rire, le jeu manque de nuances et, du coup, perd de son comique. C'est dommage, l'énergie diffusée par les comédiens ne m'a pas atteint.

Christophe Collet

 

"Une table pour six, c'est une histoire de famille vue à travers le prisme d'un lieu unique : la salle d'un restaurant indien fréquentée depuis des lustres par les différents protagonistes. Personnages : le père, homme d'affaires autoritaire, la mère qui vient d'avoir 50 ans et dont on fête l'anniversaire au lever du rideau, leurs deux fils et leurs compagnes respectives. Plus le propriétaire et les serveurs du restaurant. Le ton : comédie, comédie... Cela ne vous rappelle rien ? Moi, si. J'ai retrouvé là l'esprit d'"une affaire de famille", que j'avais beaucoup apprécié au théâtre voici environ deux ans. Le restaurant n'était pas exotique, mais la situation était un peu la même : l'anniversaire, les cadeaux qu'on n'aime pas mais sur lesquels il faut s'extasier, les enfants différemment intégrés, différemment aimés... Du théâtre qui me fait beaucoup rire, parce qu'il renvoie à des situations que je connais, et qui, à la réflexion, me laisse aussi un léger parfum d'amertume au fond de la bouche. L'originalité de la pièce d'Alan Ayckbourn - un auteur anglais qui est à l'origine du scénario du film d'Alain Resnais "smoking, no smoking" - réside dans sa construction. Autour de la scène centrale - ce fameux anniversaire -, se déroulent dans le désordre d'autres moments de cette vie de famille. Je navigue entre présent, passé et avenir au rythme des battements des portes pivotantes (très jolie astuce du metteur en scène Alain Sachs et de son décorateur). Les personnages s'affrontent, se rencontrent, se quittent, s'aiment, se disputent... Tranches de vies qui me font rire et aussi m'émeuvent, parce qu'elles ont le parfum discret de l'échec. La mère (formidable Maäke Jansen) n'aime pas son fils aîné, et son préféré, pseudo-artiste, est surtout un vélléitaire. L'âge venant, sous le vernis d'une bourgeoise sûre d'elle et affranchie, je sens les questions qu'elle se pose sur ce qu'elle a fait de sa vie. Le père mène son monde à la baguette, mais son affaire est au bord de la faillite. La crise, la crise... Le fils mal aimé est partagé entre sa femme et ses maîtresses, son frère est amoureux fou d'une adorable coiffeuse qui rate l'examen d'entrée dans la famille pour cause de catastrophiques libations (et là, le comique est à la limite du grossier : apocalypse dans les toilettes ! Mais je ris !) Les moments de bonheur, de gaité, contiennent d'imperceptibles fêlures. Les personnages qui s'en sortent le mieux sont peut-être les "pièces rapportées", plus libres dans leurs rapports avec les parents. Et au milieu de tous ces évènements, de tous ces sentiments, passent les serveurs offrant cafés, alcools, desserts... Bravo à Eric Metayer qui les incarne tous ! Ce n'est pas du théâtre intellectuel, ce n'est pas non plus du boulevard sans épaisseur. C'est une bonne occasion de rire, même si ce rire est parfois un peu amer. Amer, pensais-je, comme ce chocolat bien noir que je préfère au ait plus sucré. Et comme nous le rappelle Rabelais, au fronton du théâtre du Palais Royal : "Vivez joyeux, pour ce que rire est le propre de l'homme".

Isabelle Sabatier

L'histoire commence bien, normalement même, par une réunion de famille sympathique dans un restaurant sympathique. Le père paternel a à coeur que ces deux fils réussissent dans la vie, c'est-à-dire professionnellement et sentimentalement. La mère n'y croit plus, elle est le cynisme personnifié. Les deux fils, eux, ont décidé de ne pas suivre la voie toute tracée pour eux. L'aîné est un mythomane flambeur et le cadet un poète révolutionnaire. Voilà le tableau. Malgré un début incertain, je me suis dit qu'il y avait là matière à une pièce réjouissante avec des dialogues percutants, des oppositions de personnages contrastés, du cynisme, de l'ironie. Tout cela fait le charme d'une bonne comédie de boulevard. Malheureusement, ma mauvaise impression de départ n'a fait que se confirmer. Les personnages, et donc l'histoire, sont en fait très banals : le mari trompé qui boit, la femme délaissée qui trouve une bien meilleure situation avec un autre homme, un mythomane qui va d'échec en échec. Tout cela a un air de déjà vu. Peut-être mon attente était-elle trop grande ? Comme je n'ai pas accroché sur le texte et les personnages, j'ai eu un peu de mal à regarder ce qui va avec. Dommage, la mise en scène et les décors étaient originaux. Des allés et retours dans le passé, le présent et le futur donnent un rythme étrange à la pièce. Mais les acteurs en font trop, comme pour donner un peu de vie à des personnages auxquels le texte ne donne pas de réalité. Dommage ! Cette pièce est avant tout une comédie, une satire d'un certain milieu. Moi, je n'ai pas accroché. J'ai trouvé cette pièce ni complètement loufoque, ni terriblement réelle de manière à provoquer l'identification et l'ironie. Je suis sorti un peu frustré.

Christophe Pelletier



Alan Ayckbourn : Né à Londres en 1939, Alan Ayckbourn a passé son enfance dans le Sussex. Son père faisait partie du London Symphony Orchestra, sa mère était écrivain. Alan Ayckbourn quitte l'école à 18 ans pour travailler comme régisseur et comédien au Stephen Joseph Theatre de Scarborough, dans le Yorkshire. Aujourd'hui, il est directeur artistique de ce même théâtre où chaque année, il crée une de ses nouvelles pièces avant qu'elle ne soit jouée au Royal National Theatre ou à la Royal Shakespeare Company de Londres. Alan Ayckbourn est le seul auteur dramatique à diriger un théâtre régional. Alan Ayckbourn est l'auteur de 49 pièces parmi lesquelles: Absurd Person singular (Ces atbsurdes Personnes dans leur drôle de Cuisine), The Norman Conquests (Norman-le-Conquérant), Bedroom Farce (Trois Lits pour huit), How the Other Half Loves (Du Côté de chez l'autre), A Chorus of Disapproval, Woman in Mind et Man of the Moment (L 'Homme du. Jour). Auteur maintes fois récompensé depuis le début de sà carrière, Alan Ayckbourn a reçu pour l'ensemble de son oeuvre un prix décerné par l'Union des écrivains de GrandeBretagne. Il fut honoré en 1994 du Prix Mont-Blanc de la culture pour l'Europe pour avoir étahli une tradition théâtrale florissante à Scarborough et pour l'intérét et le dévouement qu'il y a apporté. Depuis 1992, il est professeur de théâtre contemporain au St-Catherine's College d'Oxford. Son oeuvre traduite en 30 langues est jouée sur les scènes du monde entier.

Alain Resnais a tourné ses films Smoking/ No Smoking d'après une suite de pièces, Intimate Exchanges, qu'Alan Ayckbourn a écrites en 1984. En Belgique, ses pièces ont souvent été jouées au Théâtre des Galeries; au Parc et au Théâtre National, Adrian Brine a mis en scène Joyeux Anniversaire (Just between ourselves) et Quatre à quatre (Taking Steps) dans l'adaptation en langue française de John Thomas. Ces dernières années, Alan Ayckbourn a écrit des spectacles pour enfant, entre autres Mr A 'S Amazing Maze Plays et Invisible Friends qui ont été jouées au Royal National Theatre. Alan Ayckbourn est aussi un metteur en scène renommé, pour ses propres pièces comme pour celles d'autres auteurs. Enfin, il est l'auteur de Temps variable en soirée adapté par Michel Blanc, mis en scène par Stephan Meldegg au Théâtre de la Renaissance (Nomination Meilleur spectacle comique Molières 97).



 

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