Guillaume DE TONQUEDEC
Théâtre - 1996-1997
Les jumeaux vénitiens
Mise en scène Gildas Bourdet

 

Théâtre - 1996-1997 - Les jumeaux vénitiens - De Carlo Goldoni (l707-1793) - Adaptation Gildas Bourdet - Mise en scène Gildas Bourdet

Théâtre de la Criée à Marseille, puis Théâtre de l'Eldorado 4, bd de Strasbourg 75010 Paris ; et tournée - Scénographie (décors) Gildas Bourdet, Édouard Laug - Costumes Christine Rabot-Pinson - Lumières Jacky Lautem - Assistanat à la mise en scène Anny Perrot - Combats Alain Figlarz

Avec, en 1996 à Paris : Isabelle Carré- Goethals (Béatrice), Kristov Carpi (le Prévôt), Alain Frérot (Brighella), Daniel Langlet (docteur Balanzoni), Laurent Natrella (Lélio), Bruno Ricci (Arlequin), Guillaume de Tonquédec (Florindo)

Avec en 1997 à Montpellier : Pierre Cassignard (Zanetto / Totino), Sophie Bouilloux / Marianne Epin (Colombine), Jean-Jacques Moreau (Pancrace), Muriel Brener, Kristov Carpi, Daniel Langlet (docteur Balanzoni), Hélène Médigue, Laurent Natrella, Bruno Ricci (Arlequin), Guillaume de Tonquédec (Florindo), Romain Weingarten

Représentations :

- Création 1996
- 1997 : Théâtre des Treize Vents (Montpellier) du 29/01/97 au 07/02/97 (8 représentations)

 

 

Notes sur Goldioni (sources internet agorart) : Né à Venise d'une famille aisée, Goldoni a une jeunesse frivole et fait de nombreuses fugues. Il fait alterner de vagues études juridiques avec des nuits agitées dans les tripots et les soirées de carnaval. Après son mariage à 30 ans avec la fille d'un notaire de Gènes beaucoup plus jeune que lui, il semble s'assagir en exerçant son métier d'avocat pendant une dizaine d'années mais il réussit à s'échapper de son existence bourgeoise en devenant le poète attitré de la troupe de Girolamo Modebach qui se produit dans plusieurs théâtres. Sa verve comique est indéniable et l'originalité de Goldoni est surtout d'avoir lutté victorieusement contre la " commedia dell arte " cette forme populaire du théâtre italien qu'il jugeait sclérosée. Il s'efforça de substituer à la "comédie à canevas" la "comédie de caractère" entièrement écrite dont Molière est son grand modèle. Mais, ennemi juré du redoutable comte Carlo GOZZI qui n'a de cesse de le discréditer notamment dans ses "Mémoires Inutiles" où il dépeint 4 aspects du travail de Goldoni :
l) des pièces "à canevas" plus alimentaires que réellement talentueuses
2) des comédies un peu trop larmoyantes : La Pamela de Richardson notamment..
3) des ouvrages trop romanesques ou trop exotiques
4) ses tableaux de la vie vénitienne en dialecte ou en Italien seuls auraient l'indulgence de Carlo Gozzi et dont 6 ou 7 pièces sont les véritables chefs d'oeuvre de Goldoni

Il n'y a que très peu de sujet mais par contre des personnages de la vie courante italienne observés et dépeints avec beaucoup de brio. On y trouve notamment les ménagères typiques, les rustres, les râleurs, les transmetteurs de cancans, les aigrefins, les coquettes, les pédants etc. Ces pièces oscillaient avec beaucoup d'allant entre la bonhomie et la cocasserie masculine face à la malice et la ruse des femmes. Parmi ces comédies strictement vénitiennes les plus célèbres sont "La Bottega del caffe" (le café), le "Campiollo Todaro brontolo" (Théodore le grondeur), les "Rusteghi" (les Rustres) et "Baruffe Chiozzoto" (les Chamailleries de Chioggia). Toutefois, certaines pièces non vénitiennes réussissent à devenir célèbres telles "la Locandiera", "l'Eventail" ou la Trilogie de "la Villégiature" dont l'intrigue est construite avec beaucoup de finesse et qui, par leur verve et leur animation , jettent sur nos scènes un peu du soleil de la lagune et l'écho des mélodies de la Merceria. Cependant, en 1762, lassé des attaques de Carlo Gozzi, Goldoni n'hésite pas à abandonner Venise pour Paris où la Comédie Italienne lui propose du travail. Pendant 31 ans il vivotera à Paris mais sa verve théâtrale semble s'être arrêtée net ne lui laissant que tristesse et regrets de son brillant passé. Il ne réussira pas à sauver la troupe de la faillite . Il composera un "Bourru Bienfaisant" relativement insipide, rédigera ses "Mémoires" en Français, donnera des leçons d'Italien aux enfants de Louis XV, vivant d'une faible rente qu'il perdra d'ailleurs lors de la Révolution. Il mourra dans la misère en 1793. Son oeuvre compte néanmoins 220 pièces dont les plus célèbres sont "la Veuve rusée" en 1748, la "Locandiera" en 1753, les "Rustres" en 1760, "la Villégiature" en 1761 et "Baroufe à Chioggia" en 1762.

 

LES JUMEAUX VENITIENS :
Ecrite en 1747 à la demande du comédien, Cesare Darbes, Goldoni confie dans ses Mémoires : "Il fallait cependant pour établir encore davantage sa réputation le faire briller à visage découvert : c'était mon projet, c'était mon but principal." Pendant que Darbes jouissait des applaudissements de "l'homme prudent", je travaillais pour lui une pièce intitulée "les Deux Jumeaux Vénitiens". J'avais eu assez de temps et assez de facilité pour examiner les différents caractères personnels de mes acteurs; j'avais aperçu dans celui-ci deux mouvements opposés et habituels dans sa figure et dans ses actions. Tantôt c'était l'homme du monde le plus riant , le plus brillant, le plus vif, tantôt il prenait l'air , les traits, les propos d'un niais, d' un balourd et ces changements se faisaient en lui tout naturellement et sans y penser. Cette découverte me fournit l'idée de la faire paraître sous ces deux aspects dans la même pièce. Cette comédie de moeurs (l 'une des premières écrites par Goldoni) n'est pas encore épurée des appartés, des lazzi souvent obscènes et des quiproquos abondants qui disparaîtront peu à peu des pièces de Goldoni et nous ne pouvons que nous réjouir de la jeunesse, du mouvement et de l'authenticité de ces " Jumeaux Vénitiens " Deux jumeaux séparés à leur naissance ont des caractères et une personnalité totalement différents : Zanetto, élevé à la campagne à Bergame est un tantinet rustre, il est naïf et un peu simplet. Toujours dans la ferme reculée des montagnes dominant Bergame, Zanetto ne connaît rien des codes sociaux qui régissent la vie des citadins. Son langage ignore la sophistication, la métaphore ne saurait remplacer le mot qui désigne la chose. Adepte de la nature, il ne connaît la sexualité que par l'observation des animaux . Il ne connaît pas l'hypocrisie et obéit à ses pulsions sans à priori moral. C'est pourquoi il désire ardemment les femmes et n'hésite pas à exhiber cette pulsion vitale à l'état pur. Mais tout en ne connaissant rien aux usages du monde, il est néanmoins très riche. A l'inverse son jumeau Tonino a toujours vécu à Venise, c'est un brillant mondain mais il est sans le sou. Les deux frères, par le plus pur des hasards seront tous deux à Vérone, Zanetto pour épouser Rosaura, fille de l'avocat Balanzoni avec lequel il est en affaires, Tonino pour rejoindre Béatrice qu'il a séduite à Venise mais dont les parents refusent le mariage.

Sur un rythme trépidant, l'un étant pris pour l'autre, ils vont être entraînés tous deux dans un tourbillon d'aventures, de rebondissements, de duels, de trahisons et de retrouvailles. Les quiproquos, les malentendus seront exploités habilement par des rivaux sans scrupules. Pancrace, homme de confiance de l'avocat Balanzoni aime passionnément Rosaura sa jeune pupille et fera tout pour la soustraire à l'amour de Zanetto. Amoureux transi mais rusé, il va insuffler à Zanetto l'idée que toutes les femmes sont perfides, qu'il faut les éviter à tout prix et se soustraire à leurs méfaits ; pour ce faire il lui donne une poudre miracle qui lui permettra d'échapper à leurs maléfices.Le pauvre Zanetto sera victime de ce poison violent. Ainsi découvre t-on les vrais visages des protagonistes. Les masques tombent et ne laissent que des menteurs, des voleurs, de fieffés coquins, de perfides calculateurs. Toutefois la pièce se terminera en un happy end aussi inattendu qu'immoral. Les deux rivaux en amour se rejoindront dans la mort, Zanetto victime de son désir physique pour toutes les femmes et Pancrace victime de son amour exclusif pour une seule. Inadaptés tous deux dans la société hypocrite qui les entoure, ils seront tous deux condamnés à mourir pour laisser place à des amours plus conventionnels et plus socialement recevables.

 

La représentation :
Les acteurs entrent dans ce jeu de quiproquos avec beaucoup de fougue, d'enthousiasme et de jeunesse et forment une troupe homogène et bien sympathique. Saluons toutefois le talent exceptionnel de Pierre CASSIGNARD, formé par Daniel MESGUICH et remarqué par Stuart SEIDE qui lui confie ses premiers rôles. Il se dédouble avec un brio étonnant en Zanetto gentil balourd qui suit ses instincts sans tabous ni hypocrisie et Tonino élégant vénitien maîtrisant parfaitement les conventions sociales. Ce superbe acteur joue avec une passion qui ne trompe pas et il avoue être plus proche du campagnard Zanetto que du très brillant Tonino. Admirateur de Fernandel, de Bourvil et de de Funès, interprétant avec succès une chanson d'Yves Montand pour son concours d'entrée au Conservatoire, il rêve de jouer et chanter comme Judy Garland. Gageons qu'une brillante carrière couronnera le parcours atypique de cet acteur multiple.

Bravo à JJ. MOREAU qui donne à la fois à Pancrace le fourbe onctueux une belle figure de gredin mais aussi le visage de l'amoureux éperdu et transi. Il interprète avec une vérité saisissante le personnage de l'aventurier qui proclame haut et fort sa moralité et qui néglige bien entendu de s'y soumettre. "De nos jours" proclame t-il, "il faut feindre pour réussir et pour être sage il suffit de le paraître". L'ombre de Tartuffe l'imposteur plane sur ce personnage nimbé d'un charme noir mais qui réussit néanmoins à attendrir son public car c'est l'homme qui agit pour l'amour d'une femme qu'il n'aura jamais . Seule la mort peut le délivrer à la fois de son amour et de sa bassesse.

J'ai moins aimé Sophie Bouilloux dans son rôle de coquine Colombine. Certes elle joue à merveille l'accorte soubrette perfide et jalouse de sa maîtresse mais elle en fait trop ; sous prétexte d'enthousiasme, de fébrilité, son élocution est trop rapide ce qui nuit à la compréhension du texte. Ses cris sont outrés et bien souvent exaspérants. Un peu plus de discrétion donnerait au personnage de Colombine une crédulité qui manque actuellement au personnage. Peut-être n'était-elle pas tout à fait prête à prendre ce rôle qui a été attribué à Marianne Epin qu'elle a remplacée jusqu'au 31.12.96.

GILDAS BOURDET, après avoir monté cette pièce à Marseille offre aux Parisiens cette petite merveille d'ingéniosité sous des apparences d'insouciante improvisation. Il respecte l'écriture et le rythme de Goldoni et ses personnages, très typés émaillent le texte de délicieuses notations morales. Gildas Bourdet, se rappelant fort bien des leçons de Brecht qu'il a monté à plusieurs reprises, réussit à puiser les ressources de la farce dans la cruauté des rapports de domination. Avec peu de moyens financiers " les Jumeaux Vénitiens " est une pièce pleine de gaîté , d'enthousiasme, de jeunesse et de simplicité qui donne au texte une authenticité rare sans esthétisme superflu. Dans un décor Terre de Sienne d'Edouard Laug , qui évoque l'ambiance et la patine vénitienne, les costumes souvent hétéroclites et adaptés avec les moyens du bord, contribuent à donner aux personnages une authenticité qu'ils n'auraient peut être pas dans un décor plus fastueux. On rit de bon coeur dans cette pièce . Toutefois, malgré un happy end, elle laisse un profond sentiment d'amertume et souvent de malaise provoqué par l'hypocrisie de certains personnages que l'égoïsme pousse dans des abîmes de noirceur. Sous les rires apparaît la face cachée de la société. Goldoni est virulent contre les nantis mais les personnages de la vie courante sont le plus souvent chaleureux et authentiques malgré une satire sous-jacente de leurs petites mesquineries.

J.Schneider (sources internet agorart)

Remarque : Il existe une autre distribution dans une mise en scène de Gildas Bourdet : Philippe Uchan, Alice Papierski, Yves Pignot

 

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