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Guillaume de Tonquédec
2008 - Parlez-moi de la pluie
Réalisation Agnès Jaoui

 

 

 

2008 - Parlez-moi de la pluie - Réalisation Agnès Jaoui

Avec Jean-Pierre Bacri (Michel), Jamel Debouzze (Karim), Agnès Jaoui (Agathe), Pascale Arbillot (Florence), Guillaume de Tonquédec (Stéphane), Frédéric Pierrot, Momuna Hadji (Antoine), Florence Loiret (Aurélie), Laurent Jarroir (Guillaume), Anne Werner (Séverine), Jean-Claude Baudracco (Ernest, paysan), Luc Palun (Didier, paysan), Marc Beton (le producteur), Bernard Nissille (l’homme du baptême), Alain Bouscary (le serveur), Candide Sanchez (le prêtre), Danièle Douet (la mère de Rodolphe), Sacha Rousselet (enfant Florence 1), Sonam Roussel (enfant Florence 2), Alexandre Dobrowolski (Rodolphe), Victoria Cohen (Agathe enfant), Morgane Kerhousse (Florence enfant), Myriam Arab (Mimouna jeune), Isabelle Devaux (mère Villanova), Antoine Garceau (père Villanova), Jacques Rebouillat (le patron de l'hôtel), Amélie Bardon (l’amie d’Aurélie église), Sarah Barrau (la réceptionniste)

Le sujet : Agathe Villanova, féministe nouvellement engagée en politique, revient pour dix jours dans la maison de son enfance, dans le sud de la France, aider sa soeur Florence à ranger les affaires de leur mère, décédée il y a un an.
Agathe n'aime pas cette région, elle en est partie dès qu'elle a pu. Mais les impératifs de la parité l'ont parachutée ici à l'occasion des prochaines échéances électorales.
Dans cette maison vivent Florence, son mari, et ses enfants. Mais aussi Mimouna, femme de ménage que les Villanova ont ramenée avec eux d'Algérie, au moment de l'indépendance. Le fils de Mimouna, Karim, et son ami Michel Ronsard entreprennent de tourner un documentaire sur Agathe Villanova, dans le cadre d'une collection sur "les femmes qui ont réussi". On est au mois d'Août. Il fait gris, il pleut. C'est pas normal. Mais rien ne va se passer normalement...

ENTRETIEN AVEC GUILLAUME DE TONQUÉDEC


Comment êtes-vous arrivé sur le projet de PARLEZ-MOI DE LA PLUIE ?

Agnès Jaoui m'avait vu au théâtre dans «Le Meilleur professeur» de Daniel Besse et «Le Jardin» de Brigitte Buc. C'est un hasard heureux qu'elle m'ait vu dans cette dernière pièce au moment où elle rêvait à sa distribution : on pourrait vraiment mettre le personnage que j'y incarnais devant une caméra et surtout, il a un lien de parenté évident avec le Stéphane écrit par Agnès et Jean-Pierre. Quelque temps après, Agnès m'a proposé d'auditionner. Elle avait demandé à Brigitte Moidon, chargée du casting, de ne rien dire aux acteurs au sujet des personnages et de l'histoire, juste de nous envoyer les quelques feuilles du scénario correspondant à la scène des essais. C'est un peu inquiétant de ne rien savoir de son personnage, d'où il vient, quelle est sa vie, son métier... Agnès voulait voir ce qui allait se passer entre le comédien, vierge de toute idée préconçue, et ces trois feuilles imprimées.


Vous comprenez qu'elle travaille ainsi ?

Complètement. L'écriture d'Agnès et Jean-Pierre est magnifique parce qu'elle est profonde et mystérieuse. Tout n'est pas dit, les personnages ont une part d'ombre qui n'est pas explicitée et le travail du comédien est de don ner de soi-même pour remplir cette part-là, de se lâcher complètement, de se mettre totalement à la disposition du personnage. Agnès fait autant de prises qu'il faut. Non pas parce qu'elles ne sont pas bonnes, mais qu'elles s'ajou tent les unes aux autres et permettent d'entrer toujours un peu plus dans la chair et l'humanité des personnages. Agnès travaille un peu comme un peintre qui modifierait une couleur ou reprendrait une silhouette, au fur et à me sure des prises.


Comment s'est passé le tournage ?
Jean-Pierre et Agnès venant du théâtre, j'avais l'impression de faire partie de la même famille, qu'il y avait une légitimité à travailler ensemble. Il régnait un esprit de troupe entre les comédiens et avec l'équipe technique. À tous les postes, on faisait le même film, racontait la même histoire, jouait la même écriture. Il y avait une grande concentration, une grande disponibilité et en même temps une grande détente.


Comment décririez-vous Stéphane, votre personnage ?
Stéphane arrive à la quarantaine mais c'est encore un jeune homme, avec des idées assez précises sur ce que devrait être une vie réussie. Il veut donner un cadre à sa vie, a corseté beaucoup de ses désirs. C'est ce qui le rend très touchant, notamment dans sa relation avec sa femme. Avec Agnès, on s'était raconté qu'elle datait de la fin de l'adolescence. Il y a encore un rapport enfantin entre eux, Stéphane demande à être materné et rassuré par Florence et en même temps, c'est lui qui la rassure et qui la maintient debout. Florence est comme un papillon qui se cogne dans la lumière en permanence. Elle se brûle les ailes, y retourne... Stéphane est un point d'ancrage
dans sa vie, un roc dans la tempête. J'avais la chance d'avoir déjà travaillé avec Pascale Arbillot au théâtre dans «Hedda Gabbler» mis en scène par Polanski. L'intimité qui s'était créée lors de ce spectacle nous a beaucoup servi pour incarner ce couple dont la relation est certainement indestructible...

...Et en même temps un peu régressive, Florence se retrouvant blottie dans les bras de Mimouna à la fin du film...
Plus que de régression, je parlerais d'une relation rassurante, dont Florence a besoin. Le personnage de Stéphane est certes très ingrat, un salaud, enfin un homme comme il y en a plein ! Mais il ne cherche pas à retenir Florence. Est-ce que même il a réalisé qu'elle avait un amant ? Il n'en dit rien et c'est plus intéressant ainsi. Quand on joue un personnage comme Stéphane, il faut être son avocat, ne pas le juger. Il faut s'oublier soi-même, rentrer dans son système de pensée avec une grande sincérité pour essayer de le faire vraiment exister, le rendre le plus humain possible. J'avais envie de déceler les failles cachées derrière sa rigidité apparente, derrière les codes qu'il s'est forgés, et dont il a sans doute aussi hérité en partie.


Comment définiriez-vous l'univers d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri ?
Agnès et Jean-Pierre font vraiment des films sur les personnages, sur la question de savoir comment se débrouiller le moins mal avec les situations que nous propose la vie, comment être à la recherche de soi-même, des autres. J'aime l'humanité de leur cinéma, la place qu'il accorde à la palpitation du coeur, la respiration, le sentiment des êtres autour de soi. Chacun des personnages a un parcours mouvant, bouleversé par la rencontre avec les autres. Les temps sont très marqués dans leur écriture. C'est passionnant de voir comment une phrase dite par un personnage va changer la vie de celui qui la reçoit. C'est dans ces temps, inscrits sur le scénario, que le personnage reçoit la parole de l'autre et se transforme.


Quelle a été votre réaction en voyant le film ?
J'étais dans un drôle d'état, très ému. Agnès vous vole, avec votre consentement, une part de vous-même. Quand on voit le film, on ne sait plus très bien si c'est soi qu'on aperçoit sur l'écran, ou le personnage. Agnès est une gentlewoman cambrioleuse de l'âme !

 

 

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