Guillaume DE TONQUEDEC
2006 (Théâtre)
La Sainte-Catherine
Mise en scène José Paul et Agnès Boury

 

2006 - Théâtre - La Sainte Catherine - Pièce de Stéphan Wojtowicz - Mise en scène de José Paul et Agnès Boury - Du 20 janvier au 25 juin 2006.

Au Petit Théâtre de Paris (15 rue Blanche - Paris 9ème) - Parking : 98 rue de Provence ou Haussmann - Métro : Trinité-d'estienne d'Orves / Blanche

+ reprise en tournée en janvier 2007 avec la pièce "Le meilleur professeur"

DVD en vente - DVD en vente - Extrait vidéo avec Guillaume de Tonquédec -

Avec Guillaume de Tonquédec, Philippe Magnan, Didier Brice et Caroline Maillard

DVD sorti le 7 mars 2007
2 bonus 26 mn : coulisses de la pièce + interviews des comédiens
DVD en vente

Remarque : Guillaume de Tonquédec et Philippe Magnan étaient déjà réunis dans la précédente pièce de Guillaume "Le meilleur professeur".

Le sujet : Entre Courteline et Hara Kiri, une comédie satirique irrésistible sur les méandres de la hiérarchie militaire et administrative !

Novembre 1919, la rencontre explosive, entre un sculpteur mandaté par la république, un capitaine de Cavalerie amoureux transi et dépassé par les évènements, un pauvre poilu mauvais pied mais langue bien pendue, et une Catherinette au caractère bien trempé, provoque un mini séisme dans un hôtel de province transformé pour l'occasion en hôpital de campagne. Entre Courteline et Hara Kiri, une satire irrésistible et jubilatoire sur les méandres de la hiérarchie militaire et administrative...

Note de l'auteur :

Il y a d'abord le grand Gilbert Grancouraud, sculpteur injustement méconnu, qui porte en haute estime son art et sa personne.

Il y a également le capitaine Martin Cazeaux, médecin-chef débordé, qui voue une profond respect à son uniforme, en général, et à ses galons, en particulier.

Il y a aussi Alphonse Plumet, pauvre poilu, simple soldat.

Et puis, il y a Catherine, les pieds sur terre et la tête sur les épaules.

Le capitaine et le sculpteur seraient probablement prêts à débattre de « l'Art de la guerre », ou encore de « La Guerre dans l'art », mais ils n'en auront pas le loisir, trop préoccupés qu'ils sont à cultiver leur suffisance et se gonfler de leur orgueil. Alphonse Plumet, lui, pense beaucoup à son pied qu'il a modestement offert au Chemin des Dames. Quant à Catherine…

A l'heure où la Patrie Reconnaissante de peu de choses a imaginé de faire figurer un héros en place publique, baïonnette au poing et drapeau en avant, il est possible qu'il n'ait ni les traits d'un sculpteur, ni même ceux d'un capitaine. Et quitte à ériger une statue pour le soldat inconnu, autant qu'il soit méconnaissable pour ne faire de tort à personne.

 

Tout le monde a le sien. Le mien ressemblait à beaucoup d'autres. Il avait le regard un peu ahuri. Il trônait au milieu d'un parterre de fleurs entouré de grilles et on lui avait choisi un bel emplacement entre l'église et la mairie. Il portait un drapeau trop lourd pour lui, il avait le nez fracassé et la joue fissurée. Les pigeons l'avaient généreusement repeint avec le temps et on avait l'impression qu'il pleurait des larmes blanches depuis toujours. Chaque fois que nos regards se croisaient, il avait l'air de vouloir me dire qu'il ne comprenait toujours pas ce qu'il faisait là.

Qui pouvait bien être l'auteur de cette statue de bronze, de ce « chef d'œuvre » ? J'ai inventé Grancouraud et je lui ai fait rencontrer le soldat Plumet. J'ai ajouté au tête à tête un gradé qui ne connaissait la guerre que de loin, de très loin, le plus à l'arrière possible. Et puis enfin, Catherine est arrivée. Pour mettre un peu de beau et un peu d'espoir dans tout ça.

Mon soldat revenait de Verdun. Mais s'il était revenu de Normandie, d'Algérie, de Bosnie, d'Irak ou d'ailleurs, l'histoire aurait sans doute été assez semblable.

Stephan Wojtowicz

Note du metteur en scène :

La Sainte Catherine n'est pas une page de plus sur la guerre de 14-18, mais bel et bien une satire sur la difficulté de survivre après un tel cataclysme et de se construire une nouvelle existence malgré tout.

Ainsi, le cadre proposé par Stéphan Wojtowicz, un vieil hôtel provincial réaménagé pour la circonstance en hôpital de campagne, n'est pas innocent, puisqu'il devient le révélateur des angoisses de chacun de ces personnages, entre culpabilité dévorante d'un passé trouble pour les uns, et appréhension d'un avenir incertain pour les autres.

Dès la première lecture de La Sainte Catherine j'ai été immédiatement séduit par le mélange des genres, subtile alchimie dont Stéphan Wojtowicz, a visiblement le secret, car l'auteur madré qu'il est n'a pas son pareil pour exploiter un arrière-plan douloureux, tel que l'après-guerre et ses souffrances inhérentes, et parallèlement décliner avec une gourmandise et une ironie corrosive des situations et des personnages plus pittoresques les uns que les autres.

Enfin pour preuve du ludisme et de la roublardise qui anime Stéphan Wojtowicz, initialement la pièce devait s'intituler La Gueule cassée réjouissant pied de nez de l'auteur à l'usage uniquement des spectateurs ayant assisté à la représentation.

José Paul

La critique :

La critique du Figaro (A.Demuynck) du 24 janvier 2006

Une comédie de la Grande Guerre

José Paul n'en est pas à sa première mise en scène. Depuis 1979, il a monté une bonne quinzaine de spectacles et joué dans de nombreuses pièces. Avec sa collaboratrice Agnès Boury, actuellement à l'affiche du film d'Isabelle Mergault, Je vous trouve très beau, ils s'attaquent à présent à une comédie satirique, La Sainte Catherine de Stéphan Wojtowicz. Cette pièce confronte des personnages singuliers et d'une profondeur étonnante, un capitaine de cavalerie inutile, un sculpteur rongé par un sentiment de culpabilité inavouable, un soldat, vrai poilu effrayé par l'avenir, et une infirmière, simple et efficace, dans un hôtel de province réaménagé à cause de la guerre en hôpital de campagne. Pourtant, comme le dit José Paul, «cette pièce n'est pas une page de plus sur la guerre de 14-18, ce n'est pas un spectacle didactique».

Non, c'est une comédie qui se veut à la fois originale, moderne et dans la continuité de L'amour est enfant de salaud et de Jacques a dit, ses deux dernières mises en scène. La pièce, qui frôle la farce, va au-delà du tragique de la Première Guerre mondiale ; elle s'appuie paradoxalement sur «un arrière-plan douloureux» et des situations absurdes pour faire rire. José Paul avoue avoir eu un réel «coup de coeur» : «J'ai été séduit par le contenu et par le sens du dialogue hors du commun de Stéphan.»

Mais José Paul n'est pas qu'un metteur en scène de talent. Comme il le dit lui-même, il est avant tout «un comédien qui dirige des acteurs». C'est un véritable plaisir qu'il éprouve lorsqu'il joue. Un bien-être irremplaçable qu'il a recherché très jeune. Le déclic a eu lieu le jour où sa grand-mère l'a pour la première fois emmené à la Comédie-Française voir Ruy Blas. Depuis ce jour-là, il ressent une véritable «dépendance à la scène». La mise en scène et la télévision sont pour lui ponctuelles, sa passion première reste la scène pure, le jeu d'acteur.

Actuellement en tournée avec La Locandiera aux côtés de Cristiana Reali et de Pierre Cassignard, il trouve le temps d'orchestrer chaque jour les répétitions de La Sainte Catherine et pense déjà à l'avenir. Mais il reste raisonnable et lucide malgré le succès de la tournée de Jacques a dit. Il est conscient des exigences des spectateurs et décidé à séduire un public de plus en plus jeune.

Théâtre de Paris, du mardi au samedi à 21 heures, le samedi à 17 heures, le dimanche à 15 heures. Tél. : 01.42.80.01.81.

 

La critique :

Une satire humouristique :

Il ne faut pas se fier au titre de cette pièce, car, hormis le fait qu'il y a bien une Catherine parmi les personnages, mais ce n'est pas la sainte à laquelle on pense.

Si elle est célibataire, c'est parce qu'elle n'a eu ni le temps ni l'occasion de se trouver un mari. En effet, la situation ne s'y prête guère, nous sommes à la fin de la guerre de 14, dans un hôpital militaire qui affiche complet.

Le capitaine qui le dirige est débordé mais il est admirablement secondé par une infirmière solide et pleine de compassion pour les pauvres poilus, particulièrement le soldat Plumet, qui est un brave gars, rempli de respect pour les gradés et particulièrement le capitaine.

Et voilà que débarque un artiste parisien envoyé par les « huiles » du ministère de la guerre afin qu'il sculpte pour la plus grande gloire de la nation le soldat inconnu qui va orner le monument aux morts de cette charmante bourgade.

Vous dire que le soldat ne sera plus un inconnu à la fin de la pièce, que la charmante Catherine et Plumet offrent à eux deux plus d'humanité et de dignité que ces messieurs pétris de leur propre valeur ne déflore pas ce spectacle tour à tour amusant et pathétique, parfaitement écrit, mis en scène et joué.

Si l'on ne peut pas la qualifier de comédie compte tenu du contexte, cette satire humoristique est un très bon moment de théâtre.

F.Netter

La critique :

Soirée détente :

Fin de la guerre 14-18. C'est le moment où l'on compte les morts et les blessés.

Nous voici dans un hôpital de campagne où se vont cohabiter deux deux duos. L'un, formé par le capitaine Martin Gazeaux, directeur de l'hôpital, et le sculpteur Gilbert Grancouraud, mandaté par la république pour faire un monument aux morts.

L'autre, par la séduisante Catherine, jeune infirmière, et Alphonse Plumet, poilu amputé d'une partie du pied.

Le premier duo regroupe deux êtres orgueilleux et sans état d'âme, l'un ne pense qu'à ses galons et l'autre, dans un autre registre, ne pense qu'à sa notoriété.

En revanche, Catherine nous donne une leçon d'amour et d'humilité, dévouée à ses malades et à son soldat Plumet, poilu simplet, représentant la France profonde, respectueuse de ses chefs militaires et s'étant sacrifiée pour à la patrie.

Pièce à voir pour passer une bonne soirée de détente.

P.Huguenet

La critique :

Si l'infirmière Catherine s'impose comme l'image pragmatique de cette tragi-comédie, Stéphan Wojtowicz, traitant ses personnages à parité, donne en effet à Caroline Maillard le "beau rôle" en même temps qu'il offre à ses trois partenaires masculins des opportunités de composition savoureuse autant que réaliste.

Avec comme toile de fond la grande guerre, en métaphore de toutes les autres, le paternalisme militaire va ici se coltiner avec les blessés ramenés du front en un hôpital de campagne improvisé dans un petit hôtel réquisitionné. Commandement militaire et soins médicaux vont devoir cohabiter temporairement en un huis clos avec les victimes du carnage sous l'égide d'une idéologie du sacrifice assumé. Cependant, dans ce cocon protégé du fracas meurtrier, la chaîne des responsabilités pourrait fort bien se dissoudre dans les intérêts personnels multiples, si une bizarrerie patriotique n'allait venir semer le trouble dans l'inertie des esprits: un sculpteur mandaté par le gouvernement débarque avec la mission de "tailler" une statue en l'honneur d'un "poilu" emblématique par reconnaissance éternelle de la Nation. Qui donc pourra servir de modèle à l'artiste d'État dont ce chef-d'oeuvre sera prochainement inauguré par le Maréchal Pétain ? C'est le dilemme entre les perspectives morale et physique de cet hommage historico-culturel qui mettra le feu aux poudres en suscitant des scènes hystérisées où Grand Guignol ne sera jamais loin de faire irruption sur le champ de manoeuvre.

Philippe Magnan est complètement "raccord" avec la lâcheté implicite et l'hypocrisie déjantée d'un capitaine médecin-chef préoccupé exclusivement par son avancement de carrière. Guillaume de Tonquedec excelle à maquiller l'ambition effrénée de Gilbert Grancouraud envers la notoriété, quitte à faire fi de son environnement. Didier Brice s'affiche dans la candeur servile de celui qui met son corps et son âme à disposition d'une hiérarchie se prétendant attentionnée. La mise en scène de cette pièce transpire à chaque instant du plaisir de jouer dont José Paul connaît pleinement les excitations d'acteur et dont Agnès Boury a l'expérience de l'efficacité immédiate.

En bref, la stature de cette création réjouissante est de la matière même dont sont consacrés les Molières.

Theothea.com

La critique : M.Thebaud, Le Figaroscope du mercredi 22 février 2006

Il s'agit de rire des travers de chacun qui empoisonnent la vie de tous. L'auteur s'attaque à l'égoïsme, l'incompétence, la vanité, il y a du moralisateur chez lui qui prend la guerre comme terrain de chasse pour mieux atteindre sa cible, la sottise. La distribution réunie par José Paul et Agnès Boury est excellente : Philippe Magnan, en tête. Dans le rôle du capitaine qui donne ordre sur contrordre, transformant son modeste hôpital militaire en maison de fous, il est épatant. L'arrivée du fameux sculpteur campé avec drôlerie par Guillaume de Tonquedec avive les passions que Caroline Maillard, l'infirmière, et Didier Brice, le brave poilu, vont découvrir. Au final cette satire de la vie militaire fait un vainqueur, le public.

La critique de G.Costaz dans Les Echos du 2-3-2006

La mise en scène de José Paul et Agnès Boury trouve le juste équilibre entre le pas de charge et l'entrechat. Le comique s'appuie sur le contraste entre la pesanteur des hommes et la grâce de la femme. Philippe Magnan, un acteur de la race des Michel Serrault, joue la baderne en drap bleu et rouge avec un art succulent des mines, des fureurs et des stupeurs. Didier Brice, une grande nature comique, fait du poilu handicapé un clown humain irrésistible. Guillaume de Tonquedec joue le sculpteur mondain en retrouvant l'esprit malicieux des vaudevilles de la Belle Epoque. Caroline Maillard, enfin, a tout de la fine mouche. Comme il n'y a plus guère de comédies qui sachent conjuguer le jeu de fléchettes avec une histoire bien faite, celle-ci, qui sait opérer cet alliage, vogue vers le succès.

Les Echos

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