Guillaume DE TONQUEDEC
2005 (Théâtre)
Le meilleur professeur
Pièce de Daniel Besse
Mise en scène Stéphane Hillel

 

2005 - Théâtre - Le meilleur professeur - Pièce de Daniel Besse - Mise en scène Stéphane Hillel - A l'affiche du 2 septembre au 31 décembre 2005 (du mardi au samedi 21 h, matinée le samedi à 17 h et le dimanche à 15 h) - au Petit Théâtre de Paris, 15, rue Blanche, 75009  Paris (Métro Trinité et Blanche) - Décor Edouard Laug - Lumières Laurent Beal - Costumes Brigitte Faur-Perdigou

+ reprise en tournée en janvier 2007 avec la pièce "La Sainte-Catherine"

Avec Philippe Magnan (proviseur), François Caron (prof), Claudie Guillot (secrétaire du proviseur), Guillaume de Tonquédec (prof), Daniel Besse (prof), Iris Besse, Marie Bunel (parent d'élève), Virginie Penien (parent d'élève)


Philippe Magnan, Guillaume de Tonquédec et François Caron

Le sujet :

Les douze meilleurs professeurs de France en prime time sur la meilleure chaîne publique. Une campagne de promotion vécue, suivie et préparée dans un lycée d'excellence. Sous l'oeil critique des parents, des médias, des professeurs, du pouvoir, un proviseur tente de sauver son idée de l'enseignement. Vies d'élèves, vies de professeurs, promotions, idéaux, passe-droits, évaluations... qui maîtrise quoi ?

Note de l'auteur :

L'enseignement est en crise depuis quarante ans. De réformes avortées en réformes désavouées, de gouvernements de gauche en gouvernements de droite, rien n'a pu enrayer cette crise. La vertu cardinale du théâtre, ici, pour moi, n'est pas bien évidemment, qu'il puisse apporter des solutions à cette crise, mais qu'il soit un révélateur de la bêtise démagogique, qu'il soit un lieu de résistance aux préjugés bien pensants, idéologisants et conformistes qu'on veut nous faire partager depuis de nombreuses années sur l'enseignement, sur ses méthodes, sur ses réussites et ses échecs. A la fois proche et insaisissable, avec ses convictions, sa ferveur, son dévouement, mais aussi ses doutes, ses emportements, ses paradoxes, ses contradictions, ses manquements... défini, sélectionné, programmé, classé, hiérarchisé par des pédagogues... discuté, accepté ou contesté, mais dispensé, imposé par des professeurs... voulu ou subi par les élèves... administré, encadré, modélisé par les proviseurs, intendants, conseillers d'éducation, surveillants... légitimé à tort ou à raison par les autorités de tutelle... attaqué ou respecté par les parents d'élèves... l'enseignement institutionnalisé est un monde en soi : le "monde enseignant". L'Education ! Sujet impossible ? Tant il y aurait à dire, tant il a été dit, et tant il serait difficile de tout dire...Certes ! Mais l'art du théâtre n'est-il pas celui du raccourci ? J'ai donc fait en sorte que les thèmes que je n'ai pas abordés soient implicitement contenus, par un effet en quelque sorte gigogne, dans ceux dont je me suis emparé. A chacun de les y débusquer. Interroger, réveiller, provoquer, irriter, mais aussi émouvoir, faire rire et pleurer sur la question enseignante, voici le sens et l'ambition du simulacre que je propose, ici, à la scène... avec, évidemment, la manifestation d'une certaine forme de catharsis sociale qui est pour moi le nerf essentiel, la force vive et salutaire du théâtre de mœurs auquel j'appartiens.

Daniel Besse

Note du metteur en scène :

Il y a dans l'écriture de Daniel Besse quelque chose du Samouraï du japon ancestral…

Très cérémonieusement, il salue son adversaire, il a pour lui toutes les attentions, il lui témoigne son respect, son admiration, les premiers mouvements laissent croire que nous assistons plus à une danse traditionnelle qu'à une véritable joute et tout à coup sans rien perdre de sa grâce et de son élégance le combat devient d'une violence et d'une cruauté inimaginable quelques secondes auparavant.

Dans « Le meilleur professeur », derrière le côté mesuré, bien élevé, contrôlé, policé, charmant, se cache un esprit qui tranche, découpe, lacère, égorge et taille en pièce son adversaire. L'adversaire est ici le politiquement correct, la pensée unique, la tromperie, l'impuissance d'agir, la petitesse d'esprit, le désengagement, l'embrigadement idéologique…

Il ne reste plus qu'à affûter nos sabres… Banzaï !!!!

Stéphane Hillel

La critique :

Voilà un drôle d'exemple de coexistence des espèces. La faune étudiée ? Celle du lycée Loup Renard, avec ses mères d'élèves (Mmes Autruche, Chevreuil…), son proviseur (M. Rhinocéros), sa secrétaire (Mme Chouette), ses professeurs (MM. Gibbon, Albatros, Zèbre…). Ce divertissement animalier &emdash; conçu par Daniel Besse (auteur et comédien) comme une comédie de mœurs sur l'enseignement &emdash; dresse le portrait d'un système éducatif tiraillé entre les attentes, les conceptions et les objectifs pas toujours concordants de ses différents membres.

Après l'affaire du mammouth et de sa liposuccion, voici que Daniel Besse s'amuse, lui aussi, à donner des airs de zoo à l'Education Nationale. De zoo ou de jungle. Car coups de griffes, coups de becs et grincements de canines ne manquent pas dans le lycée d'excellence qui nous ouvre ses portes. Ça piaille même sec dans les couloirs, la salle des profs et jusqu'au bureau du proviseur. Car ce dernier est dans l'embarrassante obligation de choisir le MEILLEUR professeur parmi ses enseignants.

Les ordres viennent d'en haut. Du ministre en personne, qui a décidé de mettre en place une grande campagne de communication. Le concept est simple et se veut efficace : choisir un représentant dans chacun des douze meilleurs établissements du pays pour parler de son métier, en prime time, lors d'un spot de cinq minutes sur la meilleure chaîne de télévision publique. Tous les jours, du lundi au samedi, durant deux semaines, un enseignant méritant aura ainsi les honneurs de la petite lucarne.

Mais comment choisir ce délégué cathodique ? A travers les rapports d'inspection ? Les résultats des élèves aux examens ? Les opinions des parents ? Le dévouement, l'investissement ? M. Caniche est brillant, mais il manque d'autorité. Mme Agneau n'est pas un modèle de laïcité. Mme Ouistiti est une éternelle déprimée. M. Bouc boit. M. Jument est élitiste. Melle Cochon est laide… Ce caprice ministériel est, pour M. Rhinocéros, une véritable épine dans le sabot. D'autant qu'il a d'autres chats à fouetter que de gérer les appétits et les susceptibilités des uns et des autres.

Voies pédagogiques divergentes, rôle des parents et des médias dans l'enseignement, port de signes ostentatoires, école ascenseur social ou école rouleau compresseur, implication de l'encadrement dans la vie quotidienne des élèves… Mise en scène par Stéphane Hillel, Le meilleur Professeur picore à droite à gauche dans les débats de ces dernières années, mettant ainsi en lumière quelques-uns des enjeux du système éducatif. Très efficace dans l'humour, la pièce convainc moins dans une partie dramatique qui joue malheureusement les prolongations. Dommage. Mais la bonne tenue du texte et la présence de l'excellent Philippe Magnan, impayable dans son rôle de proviseur las et maussade, l'emportent sur cette fausse note de fin de parcours.

M.Piolat Soleymat, octobre 2005

 

La critique :

Huit comédiens dont l'auteur Daniel Besse, avec le metteur en scène Stéphane Hillel, directeur du Petit Théâtre de Paris, accompagnés d'Edouard Laug au décor, Laurent Beal aux lumières et Brigitte Faur-Perdigou aux costumes, tous ensemble au service d'une très noble cause: La remise en question de l'éducation nationale !…

Vaste chantier pour lequel aucun spectateur ne peut nourrir l'illusion qu'au sortir de la pièce, serait acquis le sésame d'un remède miracle.

Avec "Le meilleur professeur", la problématique va trouver en quelque sorte sa légitimité dans le diagnostic; cela n'est pas à minimiser d'autant que le dramaturge a l'art et le soin de mettre les rieurs du côté de la critique constructive.

Réunir douze apôtres de grande compétence autour d'un ministre éclairé avec l'objectif de les envoyer en mission médiatique pour diffuser l'image valorisante d'une réhabilitation institutionnelle se fondant sur des valeurs pédagogiques avérées, voilà l'option gouvernementale d'un programme court de télé-réalité sur une chaîne nationale durant une quinzaine en début de soirée .

Avec ce concept d'exemplarité promotionnelle en perspective d'audimat, le mécontentement corporatif va pouvoir proliférer de la base au sommet du système éducatif en lâchant la proie pour l'ombre des rivalités syndicales.

Dans l'un des meilleurs lycées de l'hexagone, un proviseur (Philippe Magnan), sa secrétaire (Claudie Guillot), trois professeurs (Didier Caron, Guillaume de Tonquedec & Daniel Besse) et deux parents d'élèves (Marie Bunel, Virginie Peignien) dont une journaliste vont pouvoir rejouer toute la partition des griefs de l'enseignement ayant rythmé quarante années de réformes tourneboulées au gré des échéances électorales de la 5ème république.

Qu'un suicide d'élève vienne perturber l'objectif utopique de bien achever les idéologies pour solde de tout compte et voilà la belle ambition du modèle pédagogique qui va s'éffondrer au profit d'un compromis administratif sans envergure.

Tourne donc le manège des notations hiérarchiques et autres barèmes à l'ancienneté pourvu que les carrières de fonctionnaire y maintiennent leur rythme de croisière et que continuent de voguer, encadrées tant bien que mal, toutes les jeunes générations!…

Critique de Theothea le 12/10/05 (cliquez)

  
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