Guillaume DE TONQUEDEC
2000-2001 (Théâtre)
Jeffrey Bernard est souffrant

Théâtre - 2000 / 2001 - Jeffrey Bernard est souffrant - Pièce de Keith Waterhouse - Mise en scène Jean-Michel Ribes

Fiche technique : Adaptation : Jacques Villeret et Dominique Deschamps - Théâtre Fontaine, 10 rue Fontaine, Paris 9e, Métro Pigalle. Tél. : 01-48-74-74-40 - Du mardi au samedi à 20h30 + matinée dimanche à 15h. - A partir du 31 octobre 2000 - 70 F (10,67 euros) à 280 F (42,69 euros). Durée : 2 h 30. - Dernière fin mai 2001.

Avec Jacques Villeret (Jeffrey Bernard), Yves Pignot, Marie Vincent, Guillaume de Tonquédec, Virginie Aster.

L'histoire : Joueur, journaliste, buveur, Jeffrey s'est laissé enfermer. Contraint de passer la nuit en face de lui-même et d'une bouteille de Vodka, il raconte anecdotes et souvenirs...Bien au-delà d'une chronique sur les méfaits de l'alcool ou de la débauche, cette pièce aborde l'amitié avec un grand 'A' au travers des meilleurs et des pires moments de la vie d'un journaliste anglais surdoué et alcoolique : Jeffrey Bernard.

Remarque : La pièce devrait partir en tournée en France à partir du 07-01-2002.

La critique de Chiquette sur multimania : La première chose à dire concernant cette pièce, au risque de manquer cruellement d'originalité : Jacques Villeret est impressionnant, il interprète magiquement le rôle de Jeffrey Bernard. Tous les seconds rôles sont très brillants, et malgré les longs monologues qui se succèdent, on ne s'ennuie jamais. Une pièce à voir.

 

La critique de Brigitte Salino dans Le Monde du vendredi 29 décembre 2000 - "Jeffrey Bernard est souffrant" : les souffrances de Jeffrey Bernard et de Jacques Villeret, un soir au théâtre .
Mis à jour le jeudi 31 mai 2001 : Jeffrey Bernard est souffrant vient de commencer. Sur le plateau, on distingue le décor d'un pub, la nuit. " Merde ! oh merde ! Enfoiré ! ", dit Jacques Villeret en s'extrayant de sous une table. " Ça va ? ", lui lance un spectateur. " Ça va ". La lumière monte, le comédien pose ses grands yeux bleus sur la salle qui l'applaudit. Ce 26 décembre, le Théâtre Fontaine est plein de spectateurs qui s'offrent une soirée de Noël avec Jacques Villeret. On sent qu'ils l'aiment, c'est peu de le dire. Ils lui parlent comme ils le feraient à un vieux copain, doué, fragile et attachant. Jacques Villeret goûte cette intimité. Le Théâtre Fontaine s'y prête, la pièce aussi. D'ailleurs, ce n'est pas une pièce, mais plutôt un monologue.
Il y a quatre comédiens, en plus de Jacques Villeret, mais ce sont des faire-valoir. Ils jouent les rôles de tous ceux que Jeffrey Bernard convoque dans le récit de sa vie, une nuit où il se retrouve enfermé dans son pub. Il était tellement ivre qu'il s'est endormi. Il est cinq heures du matin quand il se réveille. Pour tuer le temps, il parle. Et il boit, et il fume. De la vodka et des Bloody Mary, des Craven à la chaîne. Dans le pub, il est chez lui. Il faut le voir derrière le bar, parlant aux bouteilles comme à de vieilles copines. Il faut l'entendre dévider ses souvenirs, cul sec. Il y a deux phrases que cet homme ne supporte pas : " On rentre à la maison " et " On récolte ce qu'on a semé. ". Il est lucide et cassé. Les seules choses qui l'ont jamais intéressé sont l'alcool, le sexe et le jeu. Pour le reste, il s'est marié quatre fois, et il a été vidé plus souvent qu'à son tour des journaux auxquels il a collaboré. C'est un Anglais, il a de l'humour ; il en aurait plus si la pièce ne se réduisait à un catalogue de situations.
UN FAUX TRAÎNE-SAVATES - Mais bon, tout cela n'est pas bien grave. Jacques Villeret est en scène. Il porte un costume blanc et une chemise rose. Genre débraillé, évidemment. Son visage rond doit encore à l'enfance (c'est étonnant, ce regard de communiant qu'il a gardé !). Contrairement à l'image qu'il donne, il est mince. Mais il joue de son côté pataud. Quand il croise les jambes, il est parfait dans le style " je voudrais faire élégamment, mais vous voyez bien que je n'y arrive pas ". C'est un faux traîne-savates. Un habile qui avance masqué. Son corps capte toutes ses incertitudes, et son regard ne rate rien. Il cherche dans la salle les rangs qui ne semblent pas convaincus (ça, c'est François Perrier qui l'explique très bien : comment un comédien rodé peut " sentir " les zones de spectateurs réfractaires, et prendre un plaisir fou à jouer pour les convaincre).

Parfois, il oublie son texte. " Ce n'est pas grave, parce qu'il joue un alcoolique ", dira une dame à l'entracte. Vers 22 h 30, Jacques Villeret voudrait montrer comment on peut faire tomber un œuf cru dans une chope sur laquelle on a posé un couvercle. Plaisanterie de buveur, ou de bon vivant au choix. Ça tourne mal. Jacques Villeret n'y arrive pas. Il tremble trop. Il est tout au-devant de la scène, à genoux. La salle rit de ses essais. Un spectateur lui donne des conseils. " Ça va ? ". Non, ça ne va pas. Le tremblement devient compulsif, Jacques Villeret s'affale : " Je ne peux plus. Je ne peux plus. " Il y en a encore qui rient. Ils n'ont pas compris. Un comédien arrive, demande qu'on baisse le rideau. Jean-Michel Ribes vient faire une annonce : " Jeffrey Bernard est souffrant, ça reprendra dans quelques minutes. " Dix minutes passent.

" J'ai eu une petite crise d'impuissance ", dit Jacques Villeret en revenant. Il essaie à nouveau son truc avec l'œuf ; " Ah non ! ", dit une spectatrice. L'acteur a le visage blême. La cendre de sa cigarette tombe par terre, il tient son verre à deux mains. Il enchaîne. " Je suis toujours là, et content de l'être, même si je trouve que la vieille course dans laquelle on est engagé est vraiment minable. " Est-ce le texte de la pièce ? La question n'est plus là. Jacques Villeret veut rester en scène, quoi qu'il arrive, devant son public qui l'aime et qu'il aime. Peut-on lui faire entendre qu'il serait tout autant aimé s'il se montrait comme il est, grand acteur, mais en mesure de jouer ?

 

La critique du Le Point Grandes Ecoles & Universités - 05/01/2001 - N°1477 - News Théâtre, "Jeffrey Bernard est souffrant"
Théâtre : « Jeffrey Bernard est souffrant » Par Michèle Rivière

Brillant auteur, Keith Waterhouse est également journaliste. Il s'est inspiré pour cette pièce de la vie réelle et des rubriques de Jeffrey Bernard (chroniqueur au Spectator), qui commentait la vie du quartier de Soho à Londres. L'action se déroule dans son pub habituel, le Coach and Horses. Seul en scène, dans le noir, Jeffrey s'est endormi et se retrouve enfermé. Ne parvenant pas à joindre le propriétaire, c'est en compagnie d'une bouteille de vodka et d'une suite ininter- rompue de cigarettes qu'il va, au cours de cette nuit, faire le bilan de sa vie. Il revit ses souvenirs, avec l'aide d'Yves Pignot, de Marie Vincent, de Guillaume de Tonquédec et de Virginie Aster. A eux quatre, ils interprètent 72 personnages des plus divers. Ils sont formidables. Jacques Villeret réalise une performance d'acteur. On en arrive à oublier que l'on est au théâtre. Cocasse, émouvant, conscient de sa dérive, intelligent, d'un humour décapant, il avait probablement l'étoffe d'un grand journaliste, mais sa vie est une longue suite d'échecs. Seul, rejeté successivement par quatre épouses, l'alcool, le jeu, les courses ont fait de lui une épave. La mise en scène de Jean-Michel Ribes donne à ce huis clos un tonus extraordinaire.

La critique de Jeanine Schnider dans agoart - "Jeffrey Bernard est souffrant"
Notre avis : Keith Waterhouse l'auteur de cette pièce s'inspira d'un personnage réel Jeffrey Bernard, menant une vie de patachon alors que lui-même était à cette époque chroniqueur au Daily Mail. . Dominique Deschamps et Jacques Villeret , se sentant des affinités avec ce personnage original, chroniqueur hippique, bookmaker à ses heures, aimant choquer les lecteurs de sa rubrique du " Spectator " par ses propos hardis sur les femmes et l'alcool décidèrent d'en assurer l'adaptation . Jacques Villeret dit qu'il a décidé de jouer cette pièce " car elle parle d'un homme qui pourrait être (s)on frère, (s)on double, un homme qui a choisi de vivre en exprimant une philosophie personnelle sur la vodka ".
Jacques Villeret / Jeffrey Bernard se réveille un matin enfermé et oublié dans le " Coach and Horses " son pub préféré à Soho , se demandant comment il a atterri là... En compagnie d'une bouteille de vodka, cigarette à la bouche, il revit ses souvenirs, ses mariages ratés, sa vie de débauche... Amateur de tiercés et paris en tous genres, Jeffrey évoque des moments fort drôles comme les courses de chats, le bonneteau avec les triplés où il s'agit de trouver la fille après maintes manipulations.... Il refait et réussit le coup de l'?uf dans un verre d'eau. Ses femmes resurgissent pour l'accabler de reproches. Seule la muse (probablement des alcoolos) a de bons rapports avec lui.
L'on aurait pu craindre un long monologue d'ivrogne or les " fantômes " arrivent toujours à point nommé pour illustrer ses propos. Les quatre comédiens que sont Yves Pignot, Marie Vincent, Guillaume de Tonquédec et Virginie Astier font revivre avec une énergie débordante, sous des déguisements divers, les personnages évoqués par Jeffrey Bernard. Jean Michel Ribes, le metteur en scène a parfaitement réussi à panacher les moments d'angoisse existentielle de l'alcoolique, conscient des ratages de sa vie avec les apparitions drôles de ses camarades de beuveries, du rédacteur en chef de son journal obligé de mentionner que " Jeffrey Bernard est souffrant " lorsqu'il n'assure pas sa rubrique... ou des femmes de sa vie...
Jacques Villeret est un "Jeffrey Bernard" plus vrai que nature. Son grand talent de comédien lui permet de transformer le naufrage tragique de Jeffrey Bernard en un voyage comique à travers les méandres de son existence débauchée.

La Critique de Tempo Scènes sur internet - Mercredi 6 décembre 2000 - L'humour très britannique de... Jacques Villeret

Jacques Villeret surprendra plus d'une personne par son interprétation de "Jeffrey Bernard est souffrant", pièce venue d'outre-Manche dans laquelle le comédien fait preuve d'une rare capacité à exprimer ce qu'est l'humour britannique.
Il y a une forme d'exploit à passer du "Dîner de cons" de Francis Veber, oeuvre à l'irrésistible comique vaudevillesque très français (l'avant dernière apparition au théâtre de Jacques Villeret), à cette comédie où l'on apprend à se moquer, non pas des autres, mais de soi. Une comédie où s'exprime aussi une philosophie désabusée sur la boisson, les femmes, les courses de chevaux et la vie en général. Au théâtre Fontaine à Paris, ce soliloque d'un joueur, journaliste et gros buveur qui s'est laissé, une nuit, enfermer dans un pub et se remémore quelques épisodes de sa vie chaotique, mobilise le comédien deux heures en scène (avec seulement une pause d'un quart d'heure). Il y est entouré de quatre complices -Yves Pignot,
Guillaume Le Tonquédec, Marie Vincent et Virginie Aster- qui, pour incarner les divers personnages qui peuplent l'univers du héros, doivent jouer les Fregoli. Chacun apparait brièvement entre entre treize à vingt fois. Le ballet est réglé par Jean-Michel Ribes dans un décor bien réel de pub avec quelques trappes, çà et là, pour les apparitions des fantômes surgissant des brumes de l'alcool consommé par Jeffrey Bernard. Keith Waterhouse, auteur et journaliste connu en Grande Bretagne, a signé "Jeffrey Bernard is unwell" (Jeffrey Bernard est souffrant) qui a été créée par Peter O'Toole à Londres en 1989. Jacques Villeret et Dominique Deschamps ont adapté en français cette pièce typiquement britannique et qui offre la meilleure illustration qui soit de ce que l'on appelle le sens de l'humour. Le comédien Jacques Villeret sait ensuite par son jeu prendre ce recul ironique qui est la spécificité de cet humour, aptitude avant tout à ne pas se prendre au sérieux.

 

  

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